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29/09/2016 14:14 Il y a: 1 an(s)
Catégorie(s) : Communication

Lectures homériques en médecine, un choix assumé.

La majeure partie des étudiants qui entrent dans l’enseignement supérieur éprouvent de réelles difficultés de maîtrise de la langue française. Ceux qui choisissent les études dans le domaine de la santé n’échappent pas à cette fâcheuse tendance. Or, le français est une langue fondée sur le latin tandis que le vocabulaire technique de la médecine est un décalque du grec ancien dans plus de deux-tiers des cas.





     Pour tenter de combler ces lacunes graves et homogénéiser le niveau de base des étudiants dans ce domaine, des cours de sémantique médicale ont été instaurés depuis plus de vingt ans à la Faculté de Médecine de Lille. Les résultats sont encourageants et les étudiants plébiscitent ces enseignements, mais on peut faire mieux. Certes, l’absence de maîtrise de la syntaxe est rédhibitoire à ce stade des études, en revanche, on peut tenter de combler au mieux les lacunes et s’efforcer de faire acquérir une bonne méthodologie d’apprentissage en développant des stratégies adaptées.

     Par exemple, pour mémoriser correctement, c’est-à-dire être capable d’évoquer intérieurement et à tout moment, une notion dont on veut se souvenir, alors, mieux vaut lors de l’apprentissage  effectuer de façon concomitante plusieurs opérations. D’une part, associer la notion à retenir à une émotion, si possible favorable, d’autre part, multiplier les connexions avec des notions déjà apprises, enfin, faire usage simultanément de plusieurs voies d’entrée de l’information grâce à la multiplicité des organes sensoriels dont tous les individus sont pourvus. Ainsi, il convient d’associer la lecture à voix haute, sollicitant donc l’audition, à l’écriture, qui joint le geste à la parole et apporte de fait une dimension supplémentaire, complète l’acquisition sensitive par une réponse motrice, réalise ainsi une boucle de réentrée par le contrôle visuel de l’écriture.

     Ces mécanismes élémentaires mis en œuvre depuis des siècles dans l’espèce humaine, de façon plus ou moins consciente, ont tendance à disparaître. L’information est d’emblée, c’est-à-dire sans traitement par le cerveau de l’apprenant, confiée à des bases de données, elle est pour ainsi dire externalisée. Cependant, aucun mode d’emploi approprié à la réminiscence n’est fourni par les fabricants de ces nouvelles technologies. Ils se dédouanent d’une certaine façon en proclamant que l’utilisation des appareils est intuitive. Il n’en reste pas moins vrai qu’ils annihilent toute possibilité de faire usage de cette mémoire artificielle d’une façon analogue à la mémoire individuelle du vivant.

     Venons-en au choix d’Homère. Les poèmes homériques sont appris, récités puis écrits, lus, recopiés puis imprimés sans discontinuer depuis 2800 ans. Ils ont nourri spirituellement des générations d’êtres humains du pourtour méditerranéen. Ils ont donné l’exemple des comportements humains, bons ou mauvais, le vivre ensemble, et même au cœur des conflits, démontré la supériorité des valeurs humanistes. Ils sont, de ce point de vue, tout à fait assimilables à une somme de morale laïque. Le texte grec d’Homère, en particulier celui de l’Iliade, renferme une quantité considérable de mots de la langue médicale. En effet, nombreuses sont les blessures et les plaies décrites, ainsi que les soins prodigués. Dès lors, pourquoi ne pas associer l’étude du vocabulaire technique de la médecine à ses sources les plus anciennes, directement sur le texte original, en donnant dans le cours les clés du déchiffrement de l’alphabet grec dont les étudiants connaissent déjà la plupart des lettres ? C’est une façon d’associer de l’émotion à de l’information, émotion éprouvée à la lecture de l’épopée homérique associée à l’apprentissage du vocabulaire. C’est aussi une bonne façon de multiplier les connexions entre les notions lors de leur phase d’apprentissage, notamment en ayant sous les yeux le texte grec, la traduction interlinéaire latine, et bien sûr la traduction française. Cela induit automatiquement un enrichissement considérable du vocabulaire. Pour l’expression de la pensée, le choix parmi les termes disponibles s’élargit tout en aboutissant à davantage de précision.

     A ce stade, il convient de comprendre qu’il ne s’agit aucunement d’élitisme, même pas d’excellence, mais simplement de l’acquisition d’une méthodologie d’apprentissage dont l’utilité se fera heureusement sentir, quelle que soit la voie choisie par l’étudiant.

     Par-delà cette étape initiale d’une pédagogie à visée universelle, il importe de remplir un autre objectif, celui-ci propre à la médecine. Le médecin et plus communément tout professionnel confronté au malade, reçoit de façon aléatoire des signes en provenance du patient qu’il s’efforce de classer. Il s’agit d’informations visuelles, celles fournies par l’inspection, d’informations auditives, celles que le malade donne oralement lors de la phase de l’interrogatoire ou encore celles qui transitent par le stéthoscope ou proviennent de la palpation lors de l’examen clinique. Chacun de ces signes cliniques, c’est-à-dire les signes recueillis littéralement au lit du malade (kliné = lit, en grec ancien), nécessite un traitement spécifique de la part du médecin qui doit en temps réel être capable d’évoquer au sein de la masse considérable de notions précédemment acquises celles qui judicieusement confrontées aux données de l’examen clinique orienteront vers le diagnostic et serviront au choix des examens paracliniques les plus appropriés, c’est-à-dire ceux qui s’avéreront contributifs et économes.

     Pour atteindre le niveau d’excellence requis par la pratique médicale, mieux vaut s’y prendre tôt. C’est pourquoi, là encore, la lecture du ou des textes littéraires au programme dès la première année, mais aussi en deuxième et troisième année, n’est pas d’un médiocre intérêt. Cela tient lieu d’entraînement, c’est l’équivalent de l’échauffement pour un sportif. Lors de l’examen écrit, pour apporter une réponse satisfaisante en vingt lignes à une question, format en vigueur,  c’est le même genre d’opération intellectuelle qui sera mise en œuvre. Ici, l’intitulé de la question correspond aux signes en provenance du patient, la confrontation à ce qui a été retenu de la lecture du livre met en œuvre une réflexion et un tri analogue à celui qui est effectué par le médecin qui retient ou rejette telle ou telle hypothèse à chaque étape du processus du diagnostic. Le résultat c’est la réponse en vingt lignes qui correspond à la rédaction d’une ordonnance, qu’il s’agisse du traitement ou de la prescription d’examens complémentaires.

     Pour remplir ces objectifs ambitieux, un support est nécessaire. Le livre reste un outil avantageux d’autant plus qu’il se présente sous une forme agréable et soignée. C’est-à-dire qu’il est imprimé lisiblement sur un papier de bonne qualité d’un format suffisant, avec une reliure solide et si possible bien illustré.

     Pour la P.A.C.E.S., c’est un support qu’il a fallu construire de toutes pièces. De fait, aucun livre sur le marché ne renferme un choix de textes homériques accompagné du texte grec et de la traduction interlinéaire latine.  Il existe cependant dans le commerce des versions juxtalinéraires grec – français de l’Iliade dont la moins chère coûte 33 euros, il aurait fallu y ajouter le texte de l’Odyssée et de La fin de l’Iliade de Quintus de Smyrne, ce qui aurait triplé le prix total. L’ouvrage recommandé aux étudiants peut être obtenu, livré à domicile, pour un prix inférieur à 19 euros. Il comporte 408 pages ce qui revient environ à 4 centimes d’euro la page, soit trois fois moins cher que le prix de la photocopie dans le commerce. Cela a été rendu possible par le fait que l’auteur du florilège a consacré plus de cinq cent heures prises sur les jours de congés, et les nuits. Il a accompli toutes les tâches assurées habituellement par la maison d’édition, à savoir : saisie du texte dans les trois langues, grec ancien polytonique, latin et français, mais aussi numérisation des illustrations d’après ses propres exemplaires originaux, mise en page précise de façon à avoir toujours sous les yeux les textes des fragments dans les trois langues sans avoir à tourner la page. Ce type de prestation qui nécessite la maîtrise des trois langues n’est plus possible en France et c’est un travail qui est sous-traité à l’étranger par les éditeurs. C’est très coûteux et cela allonge considérablement les délais de publication. Enfin, l’ensemble de ces mesures et le choix de privilégier un circuit court de distribution et de livraison ont permis de proposer ce livre à ce prix très inférieur à ceux pratiqués pour les ouvrages analogues. L’objectif n’étant pas lucratif, en deuxième et troisième année de médecine c’est la traduction de l’Iliade par Philippe Brunet, disponible au format poche, qui a été préconisée dans le cadre de l’action Lectures homériques en médecine.